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ROLAND ROCHE, fraîcheur divertissante // chronique du 9/02/2012

Le musicien Roland Roche nous prend par la main et nous emmène sur une longue route. A la rencontre de bourgeoises à lunette de soleil, d'un groupe de rock roulant jusqu'à Memphis, de son deux pièces avec vue sur le périph parisien… en faisant la connaissance de ses amis de cœur. Cet album intitulé Tutto va bene comporte neuf titres généreux et l’on prend plaisir à écouter des textes divertissants et drôlement efficaces. Entouré de ses acolytes, dont certains rencontrés à l'époque de l'université, Roland Roche a mis du temps à faire aboutir son album mais il en valait la peine. Il réussit à nous transmettre, à travers musique et paroles, le plaisir qu'il a eu en le créant. Il narre des tranches de vie, dresse des portraits amusants et livre des bribes plus personnelles sur une musique entraînante et qui sonne bien. Des titres comme Tutto va bene ou Le beat du rock'n roll donnent envie de se remuer. Un album qui respire la sympathie et dégage une vraie bonne humeur.
Coralie Tauziat // Roland Roche, Tutto va bene (Autoproduction)
Jeune Goinfre dévore la poésie à la sauce rock // chronique du 2/02/2012

Avec un nom tiré d’un poème de Rimbaud, le groupe Jeune Goinfre annonce son penchant pour le verbe ! Fabrice Brusson (chant, guitare-basse et percussions) et Mike Katin (guitare) ont trouvé une excellente façon de nous faire réviser les classiques de la poésie. Après un premier album éponyme, sorti en 1999, le duo de chanson rock présente Les Aveugles, enregistré dans le studio Fosforus qu’il a lui-même créé à Lodève. Dix des dix-sept titres du disque sont nourris de nombreux textes de Beaudelaire, mais aussi d’Apollinaire, de Rimbaud et de D.H. Lawrence. La mort des amants de Baudelaire est mis en musique dans un style rythm’n blues, Le vampire, du même auteur, est porté par la frénésie des guitares électriques, La tzigane d’Apollinaire, prend des accents flamenco.
Le duo a aussi écrit ses propres textes au rock parfois lancinant ou métissé comme le funky La mystique du chef ou le très actuel Le héros, à la recherche d’une figure politique qui résiste à Wall Street. Loin de gaver ses ouailles, Jeune Goinfre offre un disque riche qui ne laisse pas sur sa faim.
Lucile Pinault // Jeune Goinfre, Les Aveugles (Lalouline éditions)
ZORÉOL, Cocktail musical d'hiver // chronique du 26/01/2012

Ce serait si bon d'être à La Réunion, attablé devant un cari "bred chouchou", avec un "ti kou d'sec" ou un punch aux fruits, et les cascades du cirque de Salazie qui dévalent en nappes vaporeuses les falaises fleuries. Et aussi avec de la musique ! Un régal de séga ou de maloya qui vous fasse lever et danser tout à côté. La Réunion peut venir à vous. Écoutez Zoreol. Les musiques de ce groupe vont vous faire lever de votre chaise. Ça pulse, ça bout. C'est du séga torride avec "Mamzel Rica". "Mon ti peï" et "Bat la ter" sont de superbes maloyas piqués avec une flûte nostalgique à souhait. Ça balance doucement au début et puis la musique accélère et vous enflamme jusqu'à donner le vertige. Les accents de l'Afrique jonglent avec l'accordéon musette et le jazz swingue avec le kayamb du maloya. " Ti marmay" c'est un séga-latino et "La Nouvelle" n'est rien moins qu'un bon "salegy" malgache, on entend même les bouviers siffler ! Et ça pousse fort comme dans "Ou sa Milé" aux accents afro-jazz. Les musiciens sont excellents, avec une flûte ou un sax superbe, un accordéon très roots, une rythmique sans faille, leur musique joyeuse et fraîche va vous emporter. N'hésitez pas, ensoleillez votre hiver.
Pierre Duteille // Zoréol, Bat la Ter (autoproduction) - www.zoreol.net
FRANCK NICOLAS, Le miracle des conques // chronique du 19/01/2012

Franck Nicolas est un souffleur de rêves. Pas étonnant qu’un fils des Antilles cherche à souffler ailleurs que dans de basiques anches habituellement jazzistiques. Dans ce nouvel album « Kokiyaj », le but est d’insuffler un peu de douceur dans ce monde brutal. Le « Ka » laisse place à la « Conque » et le coquillage œuvre à la paix. Mais l’artiste est un jazzman et le « Jazz Ka Philosophy », né à New York, a poursuivi sa route avec Alain Jean Marie, Nicolas Breton, Sonny Troupé et le mythique batteur montpelliérain Louis Allèbe Montjoly de Montaigne. La peinture de Michel Novélas est un écrin parfait pour cet opus féerique, bruitiste, recherché, atypique, qui bouleverse les codes d’un jazz dont on aurait suspendu les flots. Dix titres aux noms évocateurs pour un musicien de très grand talent et un album d’une large envergure. Pourquoi donc des Franck Nicolas ou autre Tony Savannah, dignes représentants mondiaux du jazz antillais, n’intéressent-ils pas nos diffuseurs régionaux et autres patrons de festivals ? Encore un mystère incroyable du microcosme local.
Bruce Torrente // Franck Nicolas, Kokiyaj (Emanaprod) - http://www.myspace.com/francknicolasjazzka
Le gitan noir, Sonorité multiculturelle // Chronique du 12/01/2012

Cet auteur-compositeur aux inspirations bouillonnantes revient avec Confidences, où il se plait à mélanger les genres musicaux, comme il en a l'habitude. Ici, un cocktail influencé par la musique flamenco et soul mais aussi des notes jazz bien présentes. Le Gitan noir, de son vrai nom Philippe Udino, a choisi un pseudo plutôt détonnant : on devine immédiatement qu'il va nous offrir un métissage culturel abondant. Sa musique, qui puise aussi bien dans les influences gitanes que hip-hop, est là pour rassembler et unir les différences. Ses textes, interprétés par une voix mélodieuse, racontent les difficultés rencontrées dans son passé, avec des titres comme On vient de là. Mais le Gitan noir souhaite avant tout passer un message positif afin d'enrayer les idées reçues trop souvent réductrices. Son originalité vient du fait qu'il ne se met aucune barrière et n'a pas peur de jongler entre les instruments. Il fait ce qu'il aime et cela s'entend. Les 14 titres de ce dernier album vous feront swinguer et vous réchaufferont en cette période hivernale.
Coralie Tauziat// Le gitan noir, Confidences (Autoproduit) - http://www.myspace.com/lnblegitannoir
Aurélie & Verioca, Brésil connexion // Chronique du 5/01/2012
Avec Além des nuages, leur premier album commun enregistré entre Rio et Paris, Aurélie & Verioca volent “au-delà des nuages” (traduction du titre). Le duo montpelliérain partage la même passion pour le Brésil. Aurélie a écrit les textes et Verioca les mélodies qu’elle accompagne à la guitare : les deux françaises chantent en français et portugais, et leur répertoire original mêle bossa nova, samba, balades et chanson française. Avec sa fraîcheur, ce duo passionné a réussi à séduire le cœur de grands artistes Brésiliens qui collaborent à cet album : Ma Vie (Dos Anjos) est accompagné par son auteur, le guitariste et compositeur Guinga et la chanteuse Paula Santoro, qui y pose sa voix sensuelle. Le fils du fameux guitariste Baden Powell, le pianiste Philippe Baden Powell partage sa touche sur plusieurs titres. Il a également autorisé Aurélie & Verioca à réaliser la seule version française de Canto de Ossanha, un morceau de son père, devenu ici l’éclatant À cet homme qui dit non.
Lucile Pinault // Aurélie & Verioca, Além des nuages - www.aurelieverioca.com
Set et Match, Set et smash// Chronique du 15/12/2011
Nouvel opus du quatuor rap montpelliérain qui a décidé de sortir son album sur le web. De nos jours, le nombre de « vues » peut être plus rentable à long terme qu’une tête de gondole au Polygone. Les « revoilus » les poilus du rap, désormais pointure hexagonale et persifleurs professionnels. Un album aux rythmes linéaires, sans fioritures (dommage, on aimait se faire Yech et Dans la ville), et surtout de grosse facture. Un travail de production de chez pointu et des featurings à faire trembler toute la base UMP-Corrèze : Rimcash, sur Set équipe par exemple, est plus qu’en place. Tout est set (cet) : été, hiver et le titre de l’album : Setautomne. Des jeux de mots tellement simples parce que malicieux se trament aussi en douceur comme dans ce qui est le meilleur titre : Wesh Bagel. Après une récente résidence à La Casa de Perpignan (certains prennent encore des risques), on a bien noté les shows chauds de nos chouchous avec un concert high level remarquable à la Salle V2 pour les présélections de Bourges. Du Rap Majuscule qui ne connaît pas la crise et qui ne doit rien au microcosme local : tant mieux !
Bruce Torrente // Set et Match, Setautomne - http://www.setetmatchofficiel.com
L'HERBE FOLLE, Rythme éclectique // Chronique du 8/12/2011

En quelques années, le quatuor audois s'est fait remarquer par ses nombreuses prestations scéniques et deux albums inspirés. Le troisième, Le bazar libertaire, confirme sa capacité à livrer une musique florissante et multi-instrumentale. A travers douze titres, le groupe nous propose un brassage musical riche. Jonglant d'un morceau électro en japonais à un chant traditionnel portugais, agrémenté de notes tziganes, rock ou encore jazz, ces quatre auteurs-compositeurs osent nous offrir un agréable mélange d'horizons musicaux. Avec leurs titres francophones, ils dressent des textes dénonciateurs sur des thèmes forts tels que la violence faite aux femmes ou le milieu carcéral. L‘Herbe Folle s'autorise une abondante variété de sonorités qui lui permet une large palette d'expérimentation artistique. Ce groupe nous montre également sa grande liberté de création à travers la photo de la pochette : un pastiche du célèbre tableau « Déjeuner sur l'herbe » de Manet. Ce dernier opus apporte gaieté, humour et générosité, ce qui laisse présager un avenir positif pour ces quatre musiciens.
Coralie Tauziat // L’Herbe Folle, Le bazar libertaire (L'autre distribution) - www.myspace.com/lesherbesfolles
VOLFONIQ, Un alchimiste 2.0 // Chronique du 1/12/2011

Sous le nom de Volfoniq depuis 2004, le Montpelliérain Nicolas Sorbier revisite le dub, un style de reggae électronique inventé dans les années 1960 par des Jamaïcains. Pendant sept ans, il a sillonné les scènes (programmé au Télérama Dub festival en 2010) et la toile. De ce parcours est né Ernest, son premier album, diffusé sur le (net)label LibreCommeLair (son nom annonce la couleur !), où il explore des sonorités sans frontières. Car Volfoniq fait partie de cette génération 2.0 où la musique se partage gratuitement sur le Net et s'enrichit grâce aux conseils des auditeurs et aux contributions variées. Dans Ernest, Volfoniq invite de nombreux artistes qui ravivent la puissance du dub : les morceaux Taïwan Massala et Balkan Banghra sont un voyage en Inde, on entend des sonorités musette dans Autobahn Garten ou l'amour est un enfant dub, l'ambiance reggae roots se met au son d'une trompette dans Magnésium et l'alchimie est là.
Lucile Pinault // Volfoniq - Ernest (LibreCommeLair) - www.volfoniq.com
MAAX, De salubrité publique// Chronique du 24/11/2011

Avec le bois, la terre et le respect des valeurs d’échange entre humains, Maax fait des chansons rebelles et fraternelles. Joie et santé de chanter, regard lucide, sentiment de solidarité et voix posée. Chansons de terroir ? Chanteur des champs contre chanteurs des villes ? Planté comme un arbre à Riols, près de Saint-Pons-de-Thomières, Maax tient bon le cap pour ce nouvel et quatrième album, réalisé à Roquebrun, loin des têtes d’affiche et des succès de mode. Il ne se contente pas seulement d’espérer la révolution, mais de la faire déjà avec son voisin, sans passer par Facebook, en cultivant la simplicité des choses et le goût de désobéir. Il ose mettre les avatars du quotidien au cœur de ses refrains entraînants : A la santé, C’est pour emmerder le peuple, Résistance… Il faut avoir la curiosité, et le plaisir, de l’écouter.
Claude Frigara // Maax - A la santé de la terre (Autoproduction)
LES FUSSOIRS, Fin pétés // Chronique du 17/11/2011

Trois musicos sétois, trois clampins, enregistrent à Poussan un disque annoncé comme « festif ». Un de plus ! Guitare, accordéon, contrebasse, chant, thèmes et titres récurrents : filles, turlute, copains, apéros et bistrots. On craignait l’Epire (comme dirait Homère qu’on rencontre rarement dans ces coins-là). Surprise : la voix et les textes véhiculent souvent comme une mélancolique gueule de bois qui met à la bonne distance le zinc, les bocks de bière, la tête, le cœur et le coude. La chaleur que dégage le timbre de Nico, mêlée aux cordes et aux soufflets de Ol et de Vincent, évoque même parfois l’ambiance dans les envolées soiffardes du Grand Jacques (Brel). Enfin, n’exagérons rien mais ce disque s’écoute, tout seul ou en chœur (festif), en tanguant un peu pour suivre la mesure. Pétillant.
Claude Frigara // Les Fussoirs - Apéro quand même ! (Autoproduction) - indiz.fr
MICHEL ARBATZ, Du boxeur à la cane // Chronique du 10/11/2011
On ne s’invente pas un lointain cousinage, une moustache ou un roulage de « R » intempestif pour rendre hommage à Brassens. Michel Arbatz, auteur, compositeur, interprète et musicien, associé au guitariste Olivier-Roman Garcia, livrent la retranscription idéale du spectacle « Chez Jeanne » sur la jeunesse de Brassens, créé par eux en décembre 2010. De l’enfance sétoise à Alphonse Bonnafé, de Basdorf à l’impasse Florimont, le mauvais garçon a trouvé sa voie dans la poésie. Les chansons, les lettres (en particulier celles à Roger Toussenot), les propos et les anecdotes (avérées) composent un ensemble très cohérent, faisant de ce disque une pièce majeure qui sort du flot ininterrompu des hommages de circonstance. Arbatz donne une preuve d’amour à la poésie, Garcia cisèle des arrangements et le violoncelle d’Yves Potrel sur « Bonhomme » et « Les ricochets » nous plonge dans une émotion non feinte. Après 8 albums, Michel Arbatz, ce chef de Brigade (d’Intervention Poétique), livre en 29 pistes et en duo, une ode poétique, historique et pédagogique dont il a le secret. « Le temps ne fait rien à l’affaire » : quand on est bon, on est bon !
Bruce TORRENTE //MICHEL ARBATZ avec OLIVIER-ROMAN GARCIA - Chez Jeanne (Zigzags Prod) - www.michelarbatz.com
TONE DA SILVA, Itinéraire lusitanien // Chronique du 27/10/2011
Dés les premières notes de l'album Moleque, vous partez pour une virée colorée et entraînante, au rythme d'un accordéon entêtant. Ce CD, qui comporte dix titres, est chanté en portugais par Tone Da Silva, auteur, compositeur et interprète. En écoutant ces chansons, pas besoin de prendre l'avion pour s'envoler vers de lointaines contrées. Le son des violons, accordéon, guitares et percussions vous emmènent tout droit des rues de Lisbonne aux fouilles des chercheurs d'or du Brésil, en passant par un marché à Salvador. La bonne surprise vient aussi de l'objet en lui-même : on découvre une illustration de charmantes aquarelles qui agrémentent la pochette et le livret. Et l'auteur a eu la très bonne idée de mettre toutes ses paroles en portugais avec la traduction en français, un plaisir pour les personnes non lusophones. Enregistré à Ganges, écrit entre le Brésil et la France, Moleque nous offre un délicieux voyage à travers une mosaïque d'errances musicales qu'on a envie d’écouter en boucle.
Coralie TAUZIAT // Tone Da Silva - Moleque (autoproduction)
POLLY MAGGOO, mystère et brut de pop // chronique du 20/10/2011
Po p tranchante sur défilé d’images dédiées au mannequin héroïne du film de William Klein sorti en 1966, trouvailles sonores, bulles aériennes et train d’enfer sur rails d’harmonies et tempo impeccable. Mais quelle histoire (d’amour) ? Des flashes elliptiques, la gueule du loup par la fenêtre ouverte, des messages subliminaux, des réminiscences musicales plus que des références : Lou Reed, Tom Verlaine, David Bowie… Le groupe Polly Maggoo ? Une voix perchée juste, des textes en bon français, une guitare, une basse, une batterie : tout l’arsenal venu d’Uzès tombe à pic pour réveiller l’imagination. Avec une bonne dose de mystère, porté par le timbre de Xavier Barbiero, élégant et classieux, comme un souvenir du déjà lointain leader des Dogs. Pop tranchante, oui, en tous points captivante. A découvrir avec cet album de 6 titres et un morceau (caché évidemment) plus que prometteur.
CLAUDE FRIGARA // Polly Maggoo - Le goût de l’eau (Autoproduction) - www.polly-maggoo.net
COFFEE HOUSE ANARCHISTS, Pop franglaise in Montpellier // chronique du 29/09/2011
Les quatre montpelliérains de Coffee House Anarchists ont un parcours artistique déjà bien fourni : un premier album autoproduit sous un autre nom, des tournées passant par la Grande-Bretagne. Une maturité artistique qui s’entend dans la voix du chanteur, un organe vocal sûr et mûr que seuls quelques vibratos superflus, forcément agaçants sur la longueur, viennent troubler. Chaque titre est une mélodie aliénante, de ces mélodies qui rentrent dans la tête pour ne plus en sortir, ou alors chassées par la suivante. Les motifs tricotés par ce satané guitariste y sont pour beaucoup. Le titre Jubilee est même un hit en puissance. Cette musique est une synthèse de tout ce que l’Angleterre nous a envoyé depuis le début des années 90. De la Brit Pop pur jus. Il y a dedans de l’Oasis, du Radiohead première époque. Des influences qui pourraient bien s’avérer l’unique petite faiblesse de l’album. Les CHA devront tôt ou tard se libérer de ces influences par trop évidentes pour dévoiler un peu plus de leur personnalité. En attendant, ils ambitionnent de relancer par chez nous la british pop explosion… What else ?
Rodolphe BERNAISE // COFFEE HOUSE ANARCHISTS - Naivety and other shades of youth (Autoproduit)
MATA FORE, bon pour la rentrée // chronique du 22/09/2011
Mata Fore est un artiste né à Dakar au Sénégal, très tôt sensibilisé aux belles mélodies de la musique afro-cubaine par son entourage familial. Aussitôt arrivé à Montpellier, il a intégré le groupe de hip hop Rest, à tendance rap-roots Sénégal. Par la suite il devient le chanteur lead du groupe Ngalam. Actuellement, il développe un projet solo afin d'exprimer d'autres sensibilités musicales, d'autres couleurs lui tenant à coeur. Avec l'auteur compositeur interprète et producteur Coolie Cardinal, il a composé cet album, Askan. La tendance électro-dubb acoustique plaira aux amateurs exigeants du genre. La qualité des compositions et des mélodies rend urgente l’écoute de quelques plages ! A apprécier entre autres : Que Hacer, de la dubb-latino avec en fond musical une rythmique de djembé ; Afia, un environnement musical pour les fans de Vangelis ; Cris et Chuchotements, une belle chanson douce ; Goree, doté d’un accompagnement de circonstance… Avec cet album très musical Mata Fore est sur le bon chemin.
Pierre DUTEILLE // MATA FORE - Askan (Autoproduit)
RICAO, paseo de grâce // chronique du 15/09/2011
Un disque de lumière rasante, d’ombres douces et de pastel partout. Avec la légèreté des guitares bondissantes, des cordes qui scandent puis le sursaut de la voix flamenca qui brûle les planches. Ricao ne fait pas dans la dentelle de Cholet mais dans la broderie et la haute couture de Camargue. En virtuose. Fils de Manolo, petit-neveu de Manitas de Plata, gitan voleur de foule et voleur de feu… Il ranime des doigts et de la gorge la flamme éternelle nommée Libertad. Si les musiques gitanes revenaient en vogue, elles feraient mélodieusement et festivement oublier le boucan atone de certains groupes d’apéro-rock. Ce n’est pas impossible. Il serait peut-être bon d’ouvrir les fenêtres et d’imaginer les caravanes, l’odeur des chevaux et le chant des cigales. Tout ce qui ne s’enferme pas. C’est à portée d’oreilles, avec ce beau disque, sobre et mat.
Claude FRIGARA // RICAO - Libertad (Discadanse)
L'ART A TATOUILLE, melting d’òc // chronique du 08/09/2011
Dans la lignée des cousins grandis à l’est du Rhône, les Massilia Sound System, boostés par l’huile de coude, la voix et l’harmonica de Roland Ramade, « la branche Electr’oc du Transrural Beat », autrement dit l’Art A Tatouille, revient fort. En français dans les textes et en électro. Et le pays d’òc et d’ailleurs, d’hier et d’aujourd’hui, se relève pour gambiller. Observateur (Tout le monde a des manies), engagé (Ils sont arrivés), jouisseur (Dans le vin), le Collectif boulègue à l’unisson et sans complexe. Même Georges Brassens se laisse entraîner (Je suis un voyou). Reggae-dub, supersonic sound, rock des familles, tchatche du Sud… Un son aux petits oignons, mitonné par Denis Capus, très inspiré et imaginatif, mixé par Yoan Poncet et la patte experte de José Vicente, et nos six Occitans, de service aux étoiles, décollent. Leurs invités et nous avec. Franchement réjouissant.
Claude FRIGARA // L'ART A TATOUILLE - Electro jòc (Notes in gammes)
CORIANDRE, les troubadours errants // chronique du 07/07/2011
Ils se réclament de Don Quichotte, les musiciens de Coriandre ! Chevauchant une quinzaine d’instruments différents, jouant de leurs cordes vocales, cherchant leur itinéraire dans les parcours non fléchés de la danse et de la musique traditionnelle. Ils sont devenus une référence en Languedoc et en France, mais, au lieu de figer leur recherche et de profiter de la situation établie, ils sont encore en marche. Spécialistes du balèti mais avec des assemblages et arrangements nouveaux. Chacun des 14 éléments du CD est le support d’une danse, outre rigodon, fandango, rondeau, valse à cinq temps et l’excellent Carnaval de Lanz pour terminer… Panachage réussi dans les textes, entre langue occitane et langue française. Ces textes sont des poèmes émouvants ! Si leur diction, comme dans « Perqué d’aquo s’en sovenon pas », comparée à celle de Marti, « Perqué m’an pas dich », manque un peu de conviction, il ne faut pas manquer de les voir en action sur scène et dans la foule, comme à Sommières et ailleurs. Leurs interventions sont nombreuses.
Henri TURLAN // CORIANDRE - Itinerança (L'Autre Distribution)
LES BARBEAUX, du soleil et de la danse // chronique du 30/06/2011
Les Barbeaux, groupe festif de l’arrière pays biterrois, sortent un nouvel album : « Soleil ». Le titre est bien trouvé car on les imagine aisément animer les férias de la région, dans un climat ensoleillé et festif, les badauds sautillant, se dandinant aux rythmes effrénés sur fond d’odeur de pastis. On pourrait avoir la comparaison musicale facile et citer quelques groupes français comme Sinsemilia ou La Rue Kétanou. A mi-chemin entre musique espagnole et rythmes tsiganes, le tout accompagné de nombreux instruments : du violon à l’accordéon en passant par l’inévitable guitare. Mais les groupes se distinguent par les textes de leurs chansons. Là où les deux autres s’illustrent par des paroles politisées ou évoquant des questions de société, les Barbeaux restent dans la veine festive avec des textes plutôt légers, tantôt en français, tantôt en espagnol. « Soleil » serait donc parfait pour être la bande son de votre été…
Lucie LE HOUEZEC // LES BARBEAUX - Soleil (Autoproduit)
THOMAS CARBOU, Divine dérive // chronique du 23/06/2011
Prendre son temps ! C’est à coup sûr la posture qu’a dû adopter le virtuose de la guitare huit cordes pour arriver au bout de cet album très conceptuel, aux limites de certaines terres musicales inconnues et bien au sommet du jazz créatif. Accompagné du souffleur Erik Hove et du batteur Jim Doxas, apprenti de John Riley (s’il vous plaît !), Thomas Carbou laisse dériver sa musique aux confins du nomadisme et de l’exotisme. 10 titres planants conçus avec quelques touches d’électro et quelques vocalises surprenantes qui guident l’auditeur vers un résultat riche et diversifié. La démarche artistique est profonde, l’album aussi divin que la déesse Hékatê en personne. Le guitariste montpelliérain, désormais fixé à Montréal, parvient une fois encore avec ses explorations labyrinthiques à nous envelopper dans le rêve. Un jazzman hors frontières, subtil et talentueux comme toujours.
Bruce TORRENTE // THOMAS CARBOU - Hékatê (Tryskell)
JULIEN FORTIER, écrit sur du rock // chronique du 09/06/2011
Sa voix le place entre Tom Waits, Arno et Arthur H. Voix de rocaille et rock taille XL en sourdine : l’atmosphère musicale des grands poètes du genre, Lou Reed, David Bowie, Joe Cocker… Ils doivent figurer en bonne place dans sa garde-robe musicale, sa discothèque. L’envie de porter les mots dans l’incandescence du son trituré, détricoté, transpire de ce mini-album de cinq titres et 21 minutes 45. En outre, une reprise surprenante rend à Georges Brassens son habit d’ours mal léché (Le bistrot). On sent que la poésie propre à la chanson et la posture du diseur électrique occupent l’esprit de cette « jeune figure de la scène montpelliéraine », comme on ne le dira peut-être plus très longtemps. Julien Fortier délivre une expression onirique qui semble cultiver de préférence les fleurs du noir. Il cherche. Comme le font toujours les artistes, les vrais. A découvrir.
Claude FRIGARA // JULIEN FORTIER - Chloé (La Cruauthèque)
LES DORMEURS DU BAL, debout les sons! // chronique du 09/06/2011
Enfin de la chanson sans paroles ! On finissait par en rêver. L’indigence des carnets intimes recyclés en couplets refrains terrorisant depuis longtemps l’amateur qui s’éclaire à la poésie, cette abstention et ce silence soulagent. Rien que de la musique, qui se fait polka, bourrée, rondo, mazurka, valse… et laisse vagabonder fructueusement l’imagination de l’auditeur aux prises avec des fourmis dans les jambes et dans la tête. Ca vient tout seul ! L’auditeur est son propre parolier. Luxe et aventure hors de l’univers formaté des produits qui chantent. Un trio de baladins (Claire Vincent, Sylvain Rabourdin, Corentin Coko), trois invités (Laurent Cavalié, Rolland Martinez, Jérémy Champagne), et voguent flute traversière, clarinettes, violon, mandoline, accordéon, contrebasse, percussions, avec grâce et fraîcheur. A écouter du matin au soir, tranquille, pour s’aérer les neurones.
Claude FRIGARA // LES DORMEURS DU BAL - Matins (Sur l'air de rien)
LA MEUTE RIEUSE, les yeux dans les yeux // chronique du 26/05/2011
Une meute, c’est un groupe soudé par des liens étroits. Ceux qui unissent les membres de ce trio sont évidents : la bonne humeur en musique. La chanson de la Meute Rieuse est forte en gueule, caractérielle, affirmée. Avec ce second album, au titre promettant une anatomie de rêve, ils frappent un grand coup. Son millimétré, arrangements efficaces et surtout basse très présente donnant, c’est rare, un coté groove à la chanson. La meute rie mais que raconte-t-elle ? Les Yeux des Fesses est un album libertin, presque romantique. L'idée de départ ? Le sexe se passe « dans le bruit, dans la sueur et c'est loin des yeux », à deux, « chaussés de bottes de sept cieux », on s'envoie en l'air avant de se demander si, une fois retombés, on ne va rien se casser. Les 12 titres donnent envie d'aimer, aimer sur un lit, aimer à l'ombre d'un vieil arbre, aimer partout, tout le temps. Avouez que l'été approchant, c'est tentant. Mais c'est un problème fréquent dans la chanson française, cette manie de mettre des mots partout, de charger le morceau de paroles... La Meute, entre deux rires, pourrait nous laisser respirer. Mais si vous me demandez qui voir sur scène cet été, les yeux dans les yeux, je mettrai mon ticket sur eux.
LA MEUTE RIEUSE - Les Yeux des Fesses (Irfan Label)
KANELE, flamenca // chronique du 12/05/2011
Kanélé, Olivier Martinez dans le civil, se balade entre deux mondes. D'un coté, les terres ancestrales du flamenco, de l'autre, le vaste champ du possible offert par les musiques actuelles. C'est le parti pris de l'album : métisser, moderniser cette tradition musicale riche, complexe, culturelle. Le pari est-il tenu ? Plus ou moins. Des 12 titres de l'album, on retiendra Cada Uno, une composition bien ficelée et enlevée. On tendra l'oreille quand défilera le morceau Da Me, plus pop, guitare électrique oblige. Pour le reste, on retrouve le style flamenca tel qu'on a l'habitude de l'entendre depuis plusieurs années. Sur les chemins de la fictive Andalunya, Kanélé nous entraine pour une excursion musicale, une sympathique balade la tête dans les nuages. Kanélé, c'est une goutte de modernité dans un océan de tradition mais, en matière de musique comme ailleurs, tout est question de dosage.
Thibaud DELAVIGNE // KANELE - Entre 2 mundos (Andalunya productions)
TOUT CASSER, School of rock // chronique du 05/05/2011
Le moins que l’on puisse dire c’est que ce groupe fait parler de lui. Il y a ceux qui sont agacés de cette jeunesse impétueuse et désinhibée et ceux qui ont l’honnêteté de reconnaître les valeurs techniques et l’engagement musical de ces jeunots. Parce qu’ils s’agit bien de jeunots ! Ca frôle le 18 ans de moyenne, et ça se la « pète grave » ! Les bases sont celles du rock des années 70’ et les riffs sont de toute évidence à la limite du plagiat d’AC/DC. Et alors ? A l’image des frères Young qui ont un jour rêvé sur la route de l’enfer, les frères Rivas (Basse et Guitare) ne reculent devant aucun effet ni aucun cliché. Même Thomas Cavaillé, poitrine offerte à la Bon Scott, n’hésite pas à pousser des cris à la Brian Johnson. Il faut donc reconnaître le talent et le culot de ces jeunes musiciens qui se sont offerts la victoire des Duels Rocks et qui dans la foulée propose un 10 titres de très bonne facture dont on retiendra la production au cordeau. A eux de trouver leurs marques et la patte personnelle qui avec les années leur permettra de devenir ce que d’autres essayent d’être depuis 30 ans à Montpellier : incontournable !
Bruce TORRENTE // TOUT CASSER - Walk in line (280 Communications)
LA TALVERA, poivre et sexe // chronique du 28/04/2011
C’est dans l’érotisme qu’est la liberté ! Ce coup-ci, La Talvera, dont le nom signifie « les friches marginales des champs labourés », cherche l’inspiration au-dessous de la ceinture et aussi un peu au-dessus. Sur le sujet, la littérature et la chanson sont bien pourvues. Ici, on a recherché, collecté, restitué et même créé un ensemble de 22 chansons, poivrées certes, mais pas seulement. On y retrouve parfois les accents de « peace and love » en occitan, hymne à l’amour, qui reste à faire. Du reste, les statues des « Pisseurs de Lacaune »font la couverture du CD. L’humour et l’amour en chansons. Céline Ricard y donne de son timbre très particulier. Avec les musiciens, on vous appelle à danser : un scottish pour « biquer la Montpelliéraine », une danse des bâtons, protest song, « Aïe, de qué t’ai fach perqué me piques », une bourrée que vous pouvez épicer de quelques cris d’amour. A consommer sans modération, nous recommande La Talvera.
Henri TURLAN // LA TALVERA - Cançons pebradas, Chansons grivoises d'Occitanie (Autoproduit)
The Head Cutters : Découpeurs // chronique du 10.04.2011
Ils coupent et découpent le rock à papa! « The Head Cutters », ce sont 5 nîmois nostalgiques du son « à l'ancienne ». L'album qu'ils proposent est une sorte d'hommage à AC DC, The Rolling Stones ou Aerosmith. Des riffs de guitare électrique qui ne font pas dans la dentelle imposent une ambiance saturée, blues à souhait. Estelle Inzani et Mathis se chargent des lead vocaux avec, il faut le reconnaître, une belle maitrise du sujet. C'est propre, juste et bien interprété. Ils chantent en anglais et ne sont pas affublés d'un accent du « couin », ce qui, mélangé à la langue de « Shakeuspire », aurait un effet repoussoir. Du Rock académique en somme. Quand aux thématiques abordées, elles sont classiques pour un album de ce type, « My Girl », « Rainy Day Woman » ou « Who Knows? » sont quelques un des 10 titres de cet opus. On finira en tirant un coup de chapeau quand à la qualité de l'enregistrement de « The Head Cutters », effectué au Subsonic Studio à Montpellier. En attendant une éventuelle version vinyle.... on est vintage ou on l'est pas.
THIBAUD DELAVIGNE
PANSANEL, COMELADE, PASCUAL : C'est des d'ici.// Chronique du 03.03.2011

Attention : projet institutionnel. Cet album de Gérard Pansanel, Pascal Comelade et Pep Pascual est dédicacé à la ville de Montpellier, au festival des « Internationales de la guitare » et à la Région Languedoc-Roussillon. Un remerciement aux Montpelliérains, Languedociens et Mélomanes aurait suffit. Une fois cela accepté, reste l'essentiel : la musique, le son ! Et c'est un bel album que ce Montpellier. Bien à l'image du Clapas, c'est une musique ensoleillée, enlevée mais mélancolique, qu'ont composée Pansanel et Comelade. A chaque morceau, une ambiance, un quartier. « Un bal sur la comédie » pourrait être la BO d'une soirée Total Festum réussie, « Belle vue sur les Arceaux » vous rendra nostalgique de vos débuts de soirées estivaux au Peyrou, « En barque sur le Lez » évoque un dimanche après-midi passé à lézarder avec sa blonde. Les cordes de Gérard Pansanel, les claviers de Pascal Comelade et les vents de Pep Pascual sont complémentaires. Ils nous racontent notre ville en musique. Seul bémol, l'aspect un brin répétitif de l'ensemble mais, allez, « Montpellier », on ne s'en lasse jamais.
Thibaud DELAVIGNE // Gerard Pansanel, Pascal Comelade, Pep Pascual – Montpellier /alsur/«nordsudmusic» 2010
MAURESCA, recette coopérative.// Chronique du 10.02.2011
Avec 500 concerts surtout en Sud Europe, Mauresca avec “Cooperativa” sort son quatrième album. Pour ce groupe créé il y a douze ans à Montpellier, l’appellation “Sud de France” forme le titre du 6ème élément du CD qui en comporte 16. Une référence : les luttes viticoles du Midi, passées ou actuelles, avec un “son languedocien” quelque peu “descabestrat” car on se promène ici entre reggae, dance-hall, hip-hop et rap. Pauvre Marti, y reconnais-tu tes petits ? L’étant change... ! C’est ce qu’on disait autrefois. La richesse artistique du groupe est évidente. Ses collaborations nombreuses en attestent. Coups de pied dans la fourmilière (laquelle ?) sur une base militante et revendicative. C’est du “tarabastal” ! Des saveurs savamment assemblées, un air de fête languedocienne, du son à la fois traditionnel (hautbois et violon) et récent, un piment sétois, des percussions dominatrices et sûres d’elles. C’est un menu de fêtes. Ça tombe bien, en toute saison.
Henri TURLAN // Mauresca, Coopérativa (Steam Prod.) http://mauresca.fr/
2 : C'est 2 la balle! // Chronique du 27.01.2011
Quand on m'a remis « Cherche ton étoile », le dernier album du groupe d'Afro Jazz « 2 », je me suis tout de suite dit qu'il fallait faire enfermer « le responsable » de la pochette pour que tel crime ne puisse jamais recommencer. Mais une fois le disque en lecture, on oublie très vite le visuel pour se concentrer sur le son. Et là, quelle fraîcheur dans les 7 morceaux proposés! Le duo montpellierain, formé de Sylvain Ahivi au clavier et de Marc Larguille à la batterie, propose un jazz agréable et sobrement métissé.
Le morceau « caravane catastrophe », par exemple, reprend les thèmes « d'Epistrophy » de Thélonious Monk et de « Caravane » de Duke Ellington. « Open Doors », 4ème titre de l'album est une reprise des thèmes de « Riders on the storm » et de « When the music is over » des Doors et confirme l'influence Pop – Rock des deux musiciens.
Si l'on y prend pas garde, on peut avoir l'impression qu'il y a plus de deux instrumentistes aux commandes tant les morceaux sont denses et foisonnants d'idées. Sylvain Ahivi, par exemple, joue du mélodica, des claps ou du triangle en complément de ses claviers. Un bonne livraison donc que ce « cherche ton étoile ». A voir en live de toute urgence!
Thibaud DELAVIGNE // 2 – Cherche ton étoile. (autoprod) 2010 http://www.myspace.com/2afrojazz
MASSTOK, cette mizik. // chronique du 19.01.2011
Ce titre pour parler d'un album façonné par un groupe dénommé Masstok, basé à Sète et qui joue un répertoire chanté en créole mais aussi en français et en anglais. Le combo ? Un trio avec Hakim à la basse, Jules à la batterie, leur leader DJI, créole martiniquais, chanteur et guitariste. De leur album, trois titres à privilégier mais vous prendrez du plaisir à écouter les autres plages. Tikanno, la première : c'est Ti Emile le grand percussionniste de Tambour Belé, avec notamment Eugène Mona le chanteur et flûtiste incontournable de l'île, qui ont fait de cette chanson un pilier de la tradition martiniquaise. L'interprétation de Masstok est bien réussie et on se prend à en fredonner le refrain. Un mot de trop : une complainte bien sympathique, rockée, sur le pouvoir thérapeutique des gros mots et sur leur rôle anti-dépresseur ! Fam Matinik est une biguine qui nous entraîne dans l'atmosphère chaude et tropicale de l'île aux fleurs et qui donne envie de s'y poser... En somme, un album « lokal » sympathique avec un groupe à écouter de toutes les manières.
Pierre Duteille // Masstok (Autoproduction) // http://www.myspace.com/masstok
DJ BALPORE’S : Un DJ festaïre et engagé // chronique du 23.12.2010
Le maillot à pois rouges du grand prix de la montagne, le DJ BALPORE’S le conquiert entre les Pyrénées basques, aragonaises, occitanes et provençales. Belle promenade colorée et festive où l’humour se teinte de piments forts qui incendient le palais dans un souffle militant de valeurs incontestables. Comme la dignité humaine, la liberté des peuples, l’acceptation de la différence et le dialogue. Voici justement six langues différentes où le DJ s’exprime, notamment la basque, la corse, l’occitane opprimées et l’anglais oppresseur. On pourrait craindre un métissage planétaire de plus mais ce n’est pas le cas. L’identité de chaque culture est respectée et parfois bonifiée. Les Occitans y trouveront une interprétation bienvenue de leurs hymnes emblématiques, La Coupo Santo de Mistral et Canta, que recante attribuée généreusement à Gaston Phoebus. Bienvenue, parce que dépoussiéré et revisitée adroitement. Avec un livret de dessins de Balpore, les fêtes de Bayonne et celles de la San Fermin, rythmées par les fanfares et le chant, vous permettront d’attendre le plus beau jour de votre vie… qui n’est pas encore arrivé.
Henri Turlan // DJ BALPORE’S Le plus beau jour de ma vie n’est pas encore arrivé (Production AGORILA) // http://www.djbalpores.com/
MME BERUSHKA & SON ORCHESTRE : rétro nouveau // chronique du 16.12.2010
Mme Berushka tricote les textes, la musique et elle chante avec une voix plutôt grave mais douce, en français, en anglais, dans un style folk-pop-western qui caresse la mélodie avec élégance. Son Orchestre, trois musiciens (guitare, banjo, tuba, contrebasse, batterie, percussions) et un ingénieux du son, caracole en fantaisie dans un paysage musical au parfum des années 1920 et 30. L’attelage prend suavement de la hauteur, évoquant l’aspiration dans l’air d’une montgolfière. Et l’auditeur décolle avec eux, accroché à l’atmosphère étrange de ce disque qui ne dure que 19 minutes et 19 secondes… Mme Berushka, Mélanie Houllière à la ville (de Nîmes), coiffure Louise Brooks, mixe de vrais 78 tours avec des gramophones et phonographes qu’elle installe aussi sur scène. Vivement un concert où prolonger durablement le plaisir !
Claude Frigara // Mme Berushka & son Orchestre, Letter, pleasure, sofa (Autoproduction) www.myspace.com/berushkadamejockey
Mezcal Jazz Unit : l'unité par le son // chronique du 09.12.2010
Plus que jamais, le Mezcall Jazz Unit fait du plaisir de la rencontre musicale une raison d'exister et un formidable réservoir de création. Shantu, dernière livraison des jazzmen montpelliérains - seulement parce qu'il faut bien les situer sur la carte – va dans le sens de la démarche d'ouverture et de métissage chère à ces musiciens curieux. Alors qu'ils participaient pour la seconde fois au festival nigérian Kamfest, édition 2009, ils ont profité du déplacement pour enregistrer avec le groupe de musique traditionnelle Shantu. Le résultat ? Un très agréable mélange avec des chants nigérians portés par un chœur de femmes entrainant, accompagné avec facilité par le quatuor. A croire que le Mezcall Jazz Unit joue depuis toujours avec des musiciennes nigérianes. L'esprit des chants des femmes n'est que soutenu par l'apport du jazz. Shantu est bel et bien un album de fusion et non une simple collaboration. La différence est de taille et ça s'entend. « Deux cultures, deux pays, une musique »!
Thibaud Delavigne // Mescal Jazz Unit – Shantu (label émoi) // http://www.mezcaljazzunit.com
ANAÏS KAËL : Telle quelle // Chronique du 02.12.2010
Anaïs, son prénom, Kaël, son nom, avec chacun un tréma pour bien dissocier les syllabes. Son village d’origine : Grabels, il y a tout juste trente an. Anaïs KL (écrivons d’jeun) vit aujourd’hui à Paris, précisément à Ménilmontant qu’elle gratifie d’une chanson en fanfare qui ne doit rien à Maurice Chevalier ! Intitulé Tête de mule, son deuxième disque atteste d’une superbe qualité musicale et sonore. Il met en valeur une artiste, auteur compositeur interprète, qu’on dit sensible et originale et… c’est vrai ! Rebelle, effrontée ? En tout cas volontaire. Capable d’une virée de 2 000 km cette année en caravane chantante pour sentir et voir son public plutôt que de le deviner. Elle incarne la chanson à fleur d’écriture, la musique au bout des doigts. Elle paraît plongée dans une bohème exigeante, la découverte en tête. A suivre et à rencontrer.
Claude Frigara // Anaïs Kaël, Tête de mule (autopod)
MOUSSU T E LEI JOVENTS : Marseille, je t'aime // Chronique du 11.11.2010
Dans le quatrième CD de Moussu "T e lei Jovents", la chanson bénéficie d’une situation privilégiée et enviable. Continuateurs du célèbre et très apprécié Massilia Sound System, Tatou (Moussu T ?) et ses quatre compagnons s’expriment sur un fond de grues, de bateaux, de vieilles usines, près des roches des Calanques sous la lumière de la Provence. Ambiance « Marius et Jeannette », avec des textes construits, des instruments où se glisse la vibration du banjo, une couleur brésilienne, une influence corse. Jam Da Silva, Zerbino et le Déli K manipulent les percussions « pas uniquement pour créer des rythmes, mais comme des artisans créant du son ». Les paroles sont en français ou en occitan. Blu à la guitare y met du blues, comme si quelqu’un leur avait conseillé « Mets de l’huile ». Eux, ils y mettent autre chose : « Je suis son savon quand elle est de Marseille ». Hymne à l’amour, décalé mais pas déjanté. « Dins la nuech de mon astre destin », Moussu T e lei Jovents révèlent une face inconnue. La cançon n’est ni putain ni soumise. Cela plairait à Fadela.
Henri Turlan // MOUSSU T E LEI JOVENTS//Putan de Cançon (Le Chant du Monde)
BABET : Au bout du conte // Chronique du 04.11.2010
Un univers musical et poétique foisonnant et dense comme une forêt bleue, peuplée de monstres gentils, de rêves lumineux, de villes oniriques (Paris dans Ciel de soie, Mexico, London inédite). Des voix en duos venues de contrées plus connues (Arthur H, Mathias Malzieu, Edouard Baer, Hugh Coltman, ex du groupe britannique The Hoax), des atmosphères de mystère et de douceur. Chanteuse, auteur et compositeur, Elisabeth Maistre, la violoniste de Dyonisos, s’offre son deuxième album solo. Après Drôle d’oiseau en 2007, Piano monstre ouvre une page pop mélodique et fragile, comme la voix de Babet qu’on aimerait peut-être plus plantée sur le devant de l’écran imaginaire. Mais comme il faut aller la chercher dans les méandres feux follets de ses compositions, la quête en devient étourdissante et se mérite, avec au bout du conte, un voyage dépaysant et fantasque.
Claude Frigara // Babet, Piano monstre (Universal) http://www.babetmusic.com
PANSANEL-ANDERSEN-HERAL TRIO : Union sacrée // Chronique du 14.10.2010
Il fallait au moins à Gérard Pansanel, deux compagnons de tailles pour ce nouvel album. L’amitié dans la vie est rarement un gage de non qualité, mais ici, dans ce «Future early years », la somme talentueuse de ce trio est à son apogée. Pansanel tient toutes les mélodies grâce à la basse exceptionnelle d’Arild Andersen dont on reconnaît au style, qu’il a été longtemps l’acolyte indispensable de son ami norvégien Jan Garbarek. Les sonorités de la guitare se sont ouvertes à des effets plus bruitistes maîtrisés et laissent une place considérable aux cymbales de Patrice Héral, toujours aussi singulier, intelligent et foisonnant. Gérard Pansanel propose plusieurs couleurs musicales et règle de cordes en cordes des harmonies et des mélodies au plus près du jazz, un très bon jazz. Ce 9ème album va réconcilier ceux qui ne voient le jazz que par le souffle, et nous convainc définitivement qu’une grande maturité artistique n’empêche jamais la fraicheur et la créativité.
Bruce Torrente //PANSANEL-ANDERSEN-HERAL TRIO/ Future Early Years/ Nord Sud / 2010
SPI & LA GAUDRIOLE : Danse avec les fous // Chronique du 07.10.2010

Mêlant les sonorités de la graille, de la tarote, de la flaviole et de la vielle à roue aux riffs de guitare acoustique, à la basse, aux tambours, à l’harmonica et à la guimbarde, liant l’occitan des airs traditionnels au parler des chroniqueurs d’aujourd’hui, le Bal des Hérétiques rougeoie comme une forge. De rigodon en rondo, de valse en polka, de chapelloise en cercle circassien, l’énergie circule libérant braises et flammèches. Plus qu’entrainantes les chansons envoutent, les instrumentaux suggèrent le sabbat plus que le baléti ! Au rythme d’incantations hérétiques et de ricanements joyeux, d’appels charnels et d’aubades guillerettes, Spi & la Gaudriole mettent un feu qui ne doit rien aux rampes du bizness. « Savez-vous, amis, qu’il reste encore des sauvages aux regards forts » et qui connaissent la musique, la zique populaire qui adoucit les mœurs et fait rêver à une simplicité retrouvée ? Résolument pré modernes. Vivent eux !
Claude Frigara // Spi & la Gaudriole, Le Bal des Hérétiques (Label de Mai)
www.myspace.com/spietlagaudriole |